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Deux médecines manuelles modernes ont vu le jour en Amérique à la fin du 19ième siècle, soit la chiropratique et l'ostéopathie. D'une approche globale (holistique) et d'une application semblable, voir même interchangeable, leur principale différence résidait dans l'effet recherché des manipulations vertébrales. L'ostéopathie avançait que l'ajustement des dysfonctions vertébrales avait pour effet de normaliser ou de faciliter le flot sanguin, présumé véhicule de la guérison, tandis que la chiropratique utilisait essentiellement les mêmes techniques pour réduire l'interférence que produit les dysfonctions vertébrales sur l'influx nerveux.

Cette divergence de point de vu était normale à la lumière des connaissances limitées de l'époque. Par la suite, l'ostéopathie a " ajustée " son paradigme. Ainsi, les deux professions viennent à reconnaître que leurs actions sur les différents systèmes passeraient par un lien physiologique majeur : le système nerveux. À partir de cette constatation, les deux professions, complices, ont évolué en parallèle. Les techniques et les approches de base sont similaires. Des techniques éclectiques, telles les manipulations crâniennes ou viscérales ainsi que des polarisations philosophiques voient le jour dans les deux écoles.

Au cours du vingtième siècle, la formation des chiropraticiens, des ostéopathes, des dentistes et des médecins aux États Unis a évolué pour atteindre les normes actuelles du doctorat universitaire de premier cycle.

Cependant, témoin de la compétition grandissante entre la médecine traditionnelle et les médecines manuelles l'Association Médicale Américaine (Californie en 1962, aux États Unis en 1969) entreprend avec succès l'assimilation des ostéopathes américains qui, par la suite, abandonnèrent graduellement la médecine manuelle au profit des médicaments et de la chirurgie. Aujourd'hui, plus de la moitié des docteurs en Ostéopathie américains pratiquent les manipulations sur moins de 5% de leurs patients (1). Ailleurs dans le monde, comme au Canada, le titre et les qualifications de l'ostéopathe sont mal définis et souvent exploités par des gens dont les compétences et la formation laissent à désirer. Les quelques pays qui protègent le titre, ont des standards différents qui reflètent parfois les intérêts de particuliers et non pas les impératifs d'une profession mature et organisée.

Par exemple, au Québec, le Collège d'ostéopathie supérieur du Québec, le Collège d'ostéopathie du Québec à Montréal, le Conseil Canadien des examinateurs en ostéopathie (CCOE), le Conseil des examinateurs en ostéopathie du Québec, le Syndicat professionnel des ostéopathes du Québec sont sous l'influence directe ou indirecte d'un même individu, soit M. Peter Véniez naturopathe, hypnothérapeute, P.D.G. de la Corporation des praticiens en médecines douces du Québec (CPMDQ), et du Conseil des examinateurs en médecine douces du Canada (AMECC). Il contrôlerait l'admission, la formation, les examens, la certification, les permis, la discipline, le pouvoir de radiation, les contrats assurances professionnelles, etc. Quels conflits d'intérêts ?


CPMDQ - LA Porte 87-B - LES Collèges et syndicats

Cette entreprise semble cibler particulièrement les pseudo-professionnels " non reconnus et non réglementés ", pouvant être disposés à payer pour s'octroyer un semblant de reconnaissance, un titre et, surtout, les moyens de facturer les assurances. En effet, M. Véniez est également derrière une pétition qui demande que le gouvernement du Québec légifère les médecines douces, la naturopathie, l'ostéopathie, la psychothérapie, la massothérapie, la thérapie du Sport, la kinésiologie, la kinésithérapie, l'hypnothérapie, la sexologie et l'orthothérapie par l'entremise de son propre bureau (CPMDQ) pour la réglementation officielle des médecines douces. Rien de moins !

Parallèlement, on retrouve aussi, par exemple à Montréal, le Centre ostéopathique du Québec (COQ) et le Collège d'études ostéopathiques qui œuvrent séparément et qui, eux, revendique le mérite d'être accrédité par le Registre des ostéopathes du Québec (ROQ). Ce dernier est membre Bureau fédéral des médecines alternatives (BFMA), une affiliation Québécoise (CSN) obscure défendant les intérêts d'un regroupement composé d'organismes représentant les naturopathes, les ostéopathes et les homéopathes. Ils pétitionnent de même pour une reconnaissance légale.

Est-ce qu'au Québec, la possession d'une attestation approuvée par M. Veniez, ou en provenance d'une institution " radiée " par M. Veniez, d'un reçu pour fin d'impôt et une assermentation, par un commissaire accrédité par le Ministre de la Justice (!), à un code de déontologie peuvent se substituer aux garanties qu'offrent une formation universitaire rigoureuse et des structures éprouvées et indépendantes de contrôle ?

De son côté, la chiropratique est devenue le principal représentant de la médecine manuelle au monde. Aux États-Unis, en 2005, 90% des traitements par manipulations sont prodigués par les docteurs en chiropratique (2). Cette statistique reflète la rigueur de la profession chiropratique qui, depuis des années (1930) et bien avant l'adoption de la Loi sur la Chiropratique (Québec, 1974), avait entrepris la standardisation de sa formation et de ces institutions. Aujourd'hui le " Council on Chiropractic Education International " (CCEI) et ses subsidiaires dont la Fédération chiropratique canadienne des organismes de réglementation professionnelle et d'agrément des programmes d'enseignement (3) (CFCREAB) sont responsable de l'agrément (accréditation) de toutes les institutions d'enseignement chiropratique au monde. Ce mécanisme indépendant de surveillance permet de certifier la qualité et l'intégrité des programmes de doctorat en chiropratique. C'est un processus perpétuel, c'est à dire que l'agrément est décerné temporairement, que les standards sont constamment révisés et que les institutions doivent s'y soumettre sous peine d'être discrédité. Un chiropraticien gradué d'une institution accréditée peut se présenter aux examens de licences partout au monde.

Ainsi, en 2005, l'Organisation mondiale de la santé (OMS), dans son rapport (4) intitulé " Principes directeurs de l'OMS pour la formation de base et la sécurité en chiropratique. " déclare que la chiropratique est l'une des formes de thérapie manuelle les plus utilisées et les plus populaires. Elle est à présent pratiquée partout dans le monde et réglementée par la loi dans plus de 40 pays. L'admission aux études de doctorat en chiropratique est précédée d'une formation universitaire de 1 à 4 ans en sciences fondamentales. Cette profession en tant que service de santé de premier contact possède les qualifications qui s'y rattachent et se conforme aux obligations que ce statut lui impose.

Au Québec (1993), la profession chiropratique contribue 1.5 millions de dollars dans le financement de la construction des infrastructures de la faculté de chiropratique à l'Université du Québec à Trois-Rivières afin de se doter d'un programme de doctorat en chiropratique conforme aux normes internationales. Jusqu'à présent, la gestion des admissions en chiropratique reflète les besoins actualisés du marché. Il n'y a pas de pénurie au Québec. Tout étudiant sérieux et désireux de faire carrière en médecine manuelle peut appliquer à la faculté de chiropratique de Trois-Rivières et suite à sa graduation, voir son diplôme reconnu internationalement. On peut difficilement justifier la proposition de lui offrir une éducation inférieure à celle offerte à la faculté de Chiropratique qui, si elle était rebaptisée faculté d'ostéopathie deviendrait instantanément le meilleur collège d'ostéopathie au Canada !


CMCC - Toronto - Campus chiropratique - 150,000 p.c.
En conclusion, l'ostéopathie est désorganisée. Elle souffre d'immaturité et piétine depuis plus d'un siècle. Elle demande une législation avant même d'avoir démontré sa capacité à mettre de l'ordre dans ses rangs. Leurs porte-parole pourraient blâmer le manque de fonds publics et pourtant, le Canadian Mémorial Chiropractic College (CMCC), l'autre institution d'enseignement du doctorat en chiropratique au Canada n'a jamais été subventionnée depuis sa fondation en 1945. L'ostéopathie et la chiropratique ont vu le jour dans les mêmes périodes, 1874 et 1895 respectivement. Depuis, la chiropratique a atteint le troisième rang mondial des professionnels de la santé de premier contact, suivant la médecine et la dentisterie.

Finalement, l'ostéopathie n'offre essentiellement rien de nouveau. C'est une proposition dangereuse de duplication de l'exercice de la médecine manuelle. Elle a semé la confusion auprès du public et auprès des intervenants légitimes de la santé. Elle n'a fait qu'accroître les pressions économiques sur les systèmes d'éducation et de santé, tant publics que privés.



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Dr Richard Morency
chiropraticien, D.C.


1- Diminished use of osteopathic manipulative treatment and its impact on the uniqueness of the osteopathic profession. Academic Medicine. 2001 Aug;76(8):821-8.
2- NCCAM - National Center for Complementary and Alternative Medicine (2005) About chiropractic and its use in treating low-back pain. http://nccam.nih.gov/health/chiropractic/chiropractic05.pdf
3- CFCREAB - fédération chiropratique canadienne des organismes de réglementation professionnelle et d'agrément des programmes d'enseignement. http://www.cfcrb.org/french/index.html
4- World Health Organisation - Organisation Mondiale de la santé
http://www.who.int/medicinedocs/collect/medicinedocs/index/assoc/s14103f/s14103f.pdf




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